L’Affaire Farewell de Christian Carion

novembre 9, 2009

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Avant la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989, il a bien fallu que les espions des différents blocs se mettent en branle. Christian Carion, jusqu’alors peu estimé par ici pour ses mièvreries (surtout l’insupportable Une Hirondelle a fait le printemps), s’attaque cette fois frontalement à un épisode historique, avec un soucis d’authenticité plus affirmé que dans son précédent film. Joyeux Noël a plus l’allure d’une fable que d’une leçon d’histoire.

Pour autant, L’Affaire Farewell n’est pas non plus un film didactique. Le fait historique est le prétexte à un classique film d’espionnage. Le genre est à la mode en France ces derniers temps et nos cinéastes s’en tirent plus qu’honorablement, au moins pour ce qui concerne Frédéric Schoendoerffer (Agents Secrets), Philippe Haïm (Secret Défense) et surtoutt Nicolas Saada, auteur de l’excellent Espion(s). On note alors une drôle de coïncidence : Espion(s) et l’Affaire Farewell se partagent la même vedette.

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Dans l’un et l’autre film, Guillaume Canet incarne d’ailleurs le même type de personnage d’homme lambda impliqué malgré lui dans des jeux de dupes qu’il ne maîtrise pas. Les deux films ne fonctionnent pas pour autant de la même manière. La différence principale réside dans le traitement des deux histoires. Nicolas Saada réussi un pur film de cinéaste, véritable révérence au cinéma d’espionnage d’Alfred Hitchcock, et ou chaque plan est composé, soigné, dans un but précis. Le travail de Christian Carion n’est pas autant sophistiqué, sans être inintéressant pour autant. Au contraire, il réussit un film rigoureux et tout à fait honnête.

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A l’instar de ses collègues, Christian Carion opte pour un cinéma d’espionnage discret, réaliste, et donc en contradiction avec la tradition spectaculaire à Hollywood pour ce genre de film. Il n’empêche que L’Affaire Farewell est plutôt bien mené, est porté par un rythme soutenu et qui ne lâche jamais son emprise sur le spectateur. La confrontation entre Guillaume Canet et Emir Kusturica (dirigé pour la seconde fois par un réalisateur français après La Veuve de Saint-Pierre de Patrice Leconte) fonctionne parfaitement et nourrit la richesse d’un film bien documenté et qui captive autant pour ce qu’il révèle au grand public des faces cachées de l’exercice du pouvoir en pareil contexte, que du strict point de vue narratif et de notre attachement aux personnages.

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Christian Carion ne construit effectivement pas son film qu’autour de ses personnages principaux, ses espions de l’ombre dont le monde se désintéresse puisque par la force des choses, ils sont sensés se mêler à la population sans éveiller les soupçons sur leur double activité. Cet aspect là du film est d’ailleurs bien traité, via les crises conjugales qui finissent par se dessiner et qui permettent d’illustrer sans réelle fausse note les difficiles choix moraux imposés aux personnages. Au-delà de leurs trajectoires personnelles, donc, les enjeux sont colossaux. C’est pour cette raison que Christian Carion infiltre sa caméra jusque dans le bureaux élyséen du Président de la République français, mais aussi jusque dans le Bureau ovale du Président américain. On peut saluer à ce propos le remarquable travail de reconstitution effectué. Philippe Magnan incarne un Mitterand plus que crédible, Fred Ward – même si moins convaincant  – n’est pas si mal non plus en Reagan.

Cela dit, on peut supposer que Carion s’est accomodé de la réalité des évènements tels qu’ils se sont produit, mais au bénéfice de la narration et de l’efficacité du récit. L’Affaire Farewell est un film captivant, qui nous maintient en haleine tout le long, et est réalisé avec grand sérieux. Peut-être manque t’il un petit peu de souffle, sans doute même, mais on ne fait pas la fine bouche. L’Affaire Farewell est un film ambitieux et réussi.

Benoît Thevenin

Filmographie de Christian Carion :

2001 : Une Hirondelle a fait le printemps
2005 : Joyeux Noël
2009 : L’Affaire Farewell


L’Affaire Farewell - Note pour ce film :
Réalisé par Christian Carion
Avec Guillaume Canet, Emir Kusturica, Alexandra Maria Lara, Niels Arestrup, Philippe Magnan, Fred Ward, Willem Dafoe, Dina Korzun, Ingeborga Dapkunaite, Oleksii Gorbunov, David Soul, …
Année de production : 2008
Sortie française le 23 septembre 2009


Cin’Hebdo TV (Semaine du 09/11 au 15/11/2009)

novembre 8, 2009

Laterna Magica et le Blog du cinéma vous proposent Cin’Hebdo TV.

Cin’Hebdo TV, c’est un peu le programme télé de la semaine à venir, mais revu et corrigé par la Rédaction du Blog du Cinéma.

« Le» film qu’il faut retenir pour chaque jour de la semaine : films intéressants, intrigants, ou au contraire navrants avec « La bouse de la semaine» , tout ce qui se passe sur la TNT et tout ce qu’il vous faut pour passer de bonnes journées avec de bons films !


Cette semaine Cin’Hebdo TV vous recommande :

Lundi : Agent secret (aka Sabotage) d’Alfred Hitchcock (Arte)
Mardi : Edward aux mains d’argent de Tim Burton (NT1)
Mercredi : Shrek d’Andrew Adamson (TF1)
Jeudi : Les 39 marches d’Alfred Hitchcock (Arte)
Vendredi : Kiss Kiss Bang Bang de Shane Black (France 3)
Samedi : Mon Colonel de Laurent Herbiet (Arte)
Dimanche : Eternal Sunshine of the Spotless Mind de M. Gondry (Arte)
La bouse de la semaine : Urban Legend 2 de John Ottman (NT1)


Paranormal Activity d’Oren Peli

novembre 7, 2009

 

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Paranormal Activity agite la toile de puis quelques mois, avec un buzz savamment orchestré, un coup de génie marketting qui rappelle celui réussit il y a dix ans déjà par Le Projet Blair Witch. La comparaison entre les deux films est inévitable, tant chacun repose sur un principe minimaliste, un cauchemar invisible, une peur suggérée aux spectateurs par la seul capacité des acteurs à faire en sorte que l’on se projette en eux, que l’on accepte de partager leurs appréhensions etc.

 

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Blair Witch avait pour lui comme avantage d’être non seulement totalement inattendu mais aussi d’être conçu dans une forme et selon des parti-pris quasiment jamais vus. Blair Witch est arrivé à un moment ou Internet commençait seulement à se démocratiser, ou la télé-réalité ne s’était pas encore imposée dans nos télés, ou la vague de documenteurs horrifiques n’avait pas encore déferlé. Blair Witch était quelque part précurseur de tout cela. Et c’est ainsi que les réalisateurs, avec trois morceaux de bois, quelques pierres, une tente secouée de l’extérieur et une inquiétante légende urbaine comme fil conducteur, réussissaient un film de frisson efficace, novateur et quelque peu perturbant. La mécanique horrifique étant tellement rudimentaire, tout le monde n’est pas tombé dans le panneau, certains ont crié à la gigantesque arnaque et… difficile de leurs en vouloir. Reste que Blair Witch à tout de même magnifiquement réussit à faire son petit effet.

 

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Toutes les caractéristiques de Blair Witch, on les retrouve dans Paranormal Activity. Enfin presque… Oren Peli se débarrasse d’emblée de certains oripeaux, ne nourrit pas sa démarche d’un postulat de départ autant troublant que celui de Blair Witch. Dans le film de Myrick et Sanchez, le fait même que l’histoire se déroule en forêt distille quelques craintes, surtout que l’on est averti dès le départ de l’issue tragique des personnages et du caractère maléfique de la dite forêt. Oren Peli installe lui son suspens dans le confort d’un modeste pavillon de banlieue américaine. Les deux héros sont un couple aimant tout ce qu’il y a de plus ordinaire et auxquels il est facile de s’identifier.

 

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Le petit ami, Micah, filme tout, soucieux des peurs de sa chérie, laquelle prétend être persécutée par d’étranges phénomènes depuis son enfance. Micah filme d’abord dans l’espoir de rassurer Katie, de prouver par l’image qu’il ne se passe pas grand chose de vraiment inquiétant et plaisante volontiers lorsque dans les premiers instants du film il explique que l’image permettra de voir à quoi ressemble les fantômes.

Oren Peli va jusqu’au bout de son idée. Le film repose sur l’idée simple que lorsque l’on pénètre dans la salle, on s’apprête potentiellement à connaître la plus grande frousse ressentie depuis longtemps au cinéma. Il est sans doute fondamental d’être imprégné par la rumeur, d’être conditionné, de désirer profondément être effrayé face à ces images. Dans ce cas de figure là, Paranormal Activity mise sur le très banal principe de l’attente frustrée. Les minutes passent, il ne se passe strictement rien. Oren Peli essaye d’installer graduellement le trouble : une porte qui bouge doucement, un murmure repéré difficilement après analyse par Micah de la bande sonore etc. Est-ce suffisant pour installer le doute ? Pas vraiment. La mécanique est à ce point identifiable et si peu spectaculaire qu’elle n’impressionne vraiment pas.

 

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Pourtant, Katie, que l’on dit familière de ces évènements depuis ses huit ans, se révèle particulièrement sensible au moindre prétexte. La jeune femme se révèle de plus en plus terrorisée, hystérique, et pour tout dire, profondément agaçante. Le film continuant de se dérouler de façon lancinante, l’interrogation est de plus en plus vivace chez le spectateur. Qu’est-ce qui a bien pu traumatiser une partie du public américain ? Qu’est-ce qui a pu impressionner, dit-on, Steven Spielberg himsef ? Qu’est-ce qui motive la réputation du film ?

La vérité, c’est qu’on ne le saura jamais, sauf à considérer que l’on s’est fait arnaquer cette fois pour de vrai et en beauté. Dans la dernière demi-heure (le film dure quand même 1h40), la tension augmente quelque peu, de vrais évènements troublants s’imposent à notre regard. Il faut plus d’une heure pour qu’une partie de notre attente soit satisfaite. La conclusion sera honnête, quoique pas bouleversante.

 

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Paranormal Activity semble destiné prioritairement à un public nourrit de télé-réalité du genre Loft Story ou Secret Story. Le spectateur habitué à admirer à la télé le non-spectacle des actions du quotidien est peut-être une cible privilégiée. Il peut éventuellement se laisser corrompre par les quelques éléments distillés au compte goutte par le cinéaste pour instaurer un certain trouble.  Mais il est sans doute encore plus facile de rester de marbre face à ces images, d’y trouver même des motifs pour alimenter les sarcasmes à l’égard du personnage de Katie. La démarche d’Oren Peli, d’un minimalisme quasi absolu, trouve de fait sa limite. D’aucune manière Paranormal Activity ne rivalise avec Blair Witch. Pire, il arrive dix ans trop tard.

On devine facilement pourquoi au départ, les droits de Paranormal Activity ont été achetés dans l’hypothèse d’un remake. Il y a effectivement matière à un film qui reposerait très exactement sur le même concept, mais qui serait plus généreux dans ses mauvaises surprises, plus velléitaire d’une tension subtile mais réelle. Oren Peli n’a pas trouvé le bon compromis entre sa façon de faire et l’efficacité qui en résulterait. Du moins, nous on ne marche pas du tout dans cette combine.

Le buzz a pourtant fonctionné comme jamais, alors c’est peut-être nous qui sommes dans l’erreur. D’autres trouveront sans doute mieux que nous comment alimenter leurs cauchemars. Soyez avertis tout de même, la grande frousse ne vous est vraiment pas garantie.

Benoît Thevenin


Paranormal Activity – Note pour ce film :
Réalisé par Oren Peli
Avec Katie Featherston, Micah Sloat, Amber Armstrong, Mark Fredrichs, Ashley Palmer, …
Année de production : 2008
Sortie française le 2 décembre 2009


Vertige d’Abel Ferry

novembre 7, 2009

Vertige

Un groupe d’ami en quête d’aventure se lancent à l’assaut d’une via ferrata en Croatie. Tous ne sont pas des alpinistes chevronnés, certains sont là pour vaincre leur trauma. L’expédition ne sera évidemment pas une partie de plaisir, sinon à quoi bon un film…

Sorti en plein coeur de l’été en salle, Vertige, premier long-métrage d’Abel Ferry, n’était pas forcément attendu au tournant. Le réalisateur réussit là ou tant de français se sont souvent fourvoyés dans le genre et livre un film modeste mais pour autant pleinement efficace.

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Vertige peut se voir comme rien de moins que l’antithèse (presque) parfaite à The Descent, le chef d’oeuvre de Neil Marshall que l’ont tient ici pour le plus grand film de frisson de la décennie. Le film de Ferry ne se hisse pas à sa hauteur, souffre d’une seconde partie plutôt bancale, mais ménage malgré tout pendant une bonne partie du récit une vraie tension, du genre comme on la ressent rarement au cinéma.

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Si Vertige est l’antithèse à The Descent c’est au moins pour la trajectoire empruntée par les groupes de personnages respectifs. Très simplement, dans The Descent les héroïnes… descendent, quand dans Vertige le groupe grimpe les montagnes. Raccourci facile ? Non, pas tout à fait. La prouesse de Neil Marshall, c’est d’avoir réussi à transmettre cette impression d’asphixie que les personnages ressentent à mesure qu’ils descendent dans la grotte et que l’oxygène se raréfie. Abel Ferry réussit lui à nous étourdir chaque minute davantage dès lors que ses héros escaladent les parois. Cela tient pour grande partie au caractère exceptionnel des paysages arpentés par les alpinistes, perdus dans l’immensité d’un décor sur lequel ils n’ont que peu de prises, au sens propre. Grand angle, courte focale, plongée et contre-plongée, vues subjectives Ferry récite avec plein de bon-sens et une certaine habileté la grammaire visuelle quelque peu imposée par le contexte.

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Dans la première moitié, le suspens est au rendez-vous, avec le spectateur qui marche sur un fil en même temps que les protagonistes, et la tension culmine lors de la traversé d’un pont fragile reliant deux vallées. La scène en elle-même n’est pas d’une folle originalité mais elle est gérée magistralement pour une tension maximale.

Le problème qui se pose à Ferry est ensuite dès plus simple. Son film ne peut décemment pas tenir 1h30 avec comme seul source d’angoisse, cette notion de vertige. On en arriverait à un point ou le film ne surprendrait plus et étourdirait encore moins. La difficulté à laquelle se heurte le réalisateur est la même que celle à laquelle se confronte Neil Marshall. Dans The Descent, le groupe de spéléo ne peut pas éternellement descendre. Il arrive un moment ou l’action doit rebondir et chacun des deux réalisateurs oriente son récit vers une rencontre fatale. Dans The Descent, les héroïnes affrontent des créatures souterraines, dans Vertige, les alpinistes éprouvés se retrouve face à un abominable homme sauvage à l’appétit affirmé pour cette nouvelle chaire fraîche.

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C’est là ou Ferry perd un peu le fil de son intrigue et de la tension jusqu’alors savamment entretenue. Là ou Marshall insufflait à son récit une dose de psychose paranoïaque, Ferry opte pour une lutte plus directe, sans ambiguité morale. L’ennui, c’est que nos alpinistes sont forcés d’affronter un homme sauvage assez grotesque et pas vraiment terrifiant. On se retrouve impliqué dans une sorte de survival très classique, aux limites de la parodie, et qui rappelle sans doute trop Massacre à la tronçonneuse. Cette partie là du film est clairement un ton en dessous de la première, la tension chute, mais on se laisse surprendre par quelques pics de violence bienvenues.

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Au final, Vertige nous abandonne à un sentiment de frustration, car on ne parvient pas à se satisfaire vraiment de cette direction prise par le récit. Pour autant, le film fonctionne très bien, avec des personnages qui interagissent de manière intelligente, confrontés qu’ils sont à des situations extrêmes ou il est aisé de comprendre que l’on puisse péter les plombs. On ne boude pas notre plaisir, on se refuse pour cette fois à être trop gourmand. Vertige est une vraie bonne surprise, comme le cinéma de genre français nous en offre rarement. La réussite est d’autant plus louable qu’Abel Ferry réalise là son premier long-métrage. On espère que rendez-vous est pris avec l’avenir. En tout, cas on scrutera avec attention ce que Ferry voudra bien nous offrir ensuite.

Benoît Thevenin


Vertige - Note pour ce film :
Réalisé par Abel Ferry
Avec Fanny Valette, Johan Libéreau, Raphaël Lenglet, Nicolas Giraud, Maud Wyler, Justin Blanckaert, …
Année de production : 2008
Sortie française le 24 juin 2009


Agent Secret (Sabotage) d’Alfred Hitchcock

novembre 6, 2009

Sabotage

Agent Secret, parfois mieux connu sous son titre original Sabotage, affirme l’impeccable maîtrise de son art par Hitchcock. Le cinéaste affiche alors déjà une solide réputation, restant sur L’Homme qui en savait trop (1934) et Les 39 marches (1935). Sabotage, comme Quatre de l’espionnage sorti la même année (1936), sera pourtant un échec commercial.

Ces deux films forment une sorte de diptyque ou du moins se répondent parfaitement. Ils ont en commun le thème de l’espionnage mais pas seulement. Hitchcock renverse dans l’un et l’autre l’habitude prise par le public de suivre l’enquête qui permettra de confondre le criminel. Il y superpose aussi un principe du bouc-émissaire qui aura sans doute profondément heurté le public de l’époque.

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En quelque plans, avec une efficacité toute entière héritée du cinéma muet, Hitchcock installe l’intrigue et nous présente son personnage principal. Londres est victime d’un black-out, le coupable du sabotage est désigné immédiatement par le montage d’Hitchcock. “Qui est responsable ?” interroge un enquêteur. Le plan suivant Oscar Homolka surgit devant la caméra. Une vingtaine de plans et moins d’une minute de métrage sont nécessaire à Hitchcock pour nous introduire de plein pied dans l’histoire.

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Oscar Homolka est Varloc, le directeur d’une salle de cinéma à Londres. Derrière cette façade respectable, il est un agent secret oeuvrant pour un Etat comploteur étranger.
Tout l’univers de Sabotage est composé au sens strict de façades. Varloc se cache derrière la devanture de son cinéma. Son voisin épicier est en fait un agent de Scotland Yard qui le surveille. Le troisième lieu principal est une animalerie, dont le locataire est en fait l’artificier qui fournit en fait à Varloc ses missions.

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Même si l’intrigue est parfaitement linéaire, Hitchcock s’essaye à quelques expérimentations intéressantes. Le cinéaste cherche constamment à faire le pont entre l’univers criminel des films que diffuse Varloc dans son cinéma, et la réalité malfaisante du même personnage. Le rapport est entretenu par certains dialogues mais l’irruption de la fiction se fait également par d’autres moyens. Des cris surprennent les personnages principaux, mais ils ne font que s’échapper de la salle ou est diffusé un film policier, par exemple. Egalement ce rapport entre la bobine de “Bartholomé l’étrangleur” – qui semble inspirer une certaine terreur à deux niveaux, par le film lui-même, et parce que la pellicule en nitrate est susceptible de s’enflammer – et le climat de terreur que les conspirateurs espèrent installer sur Londres. Ainsi, Varloc terrorise à la fois ses spectateurs via les films qu’il projette dans son cinéma, et la ville entière part les actes de sabotage dont il est le coupable.

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Cependant, Varloc ne sera pas directement le responsable de la bombe qui finira par exploser. Le film converge vers cette issue tragique inéluctable. Dès le départ, le spectateur est conditionné par un déterminisme dans l’action qui nous parait imparable. Hitchcock va plus loin encore, en insérant ce concept du bouc-émissaire, déjà introduit dans Quatre de l’espionnage. Ainsi, pour échapper à la suspicion et parce qu’il est trop lâche pour provoquer lui-même la mort, Varloc demande à son neveu de déposer lui-même le colis explosif, sans que celui-ci se doute une seconde de ce qu’il transporte vraiment.

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Dès lors, un nouveau mécanisme est enclenché, qui aboutira à la mort inacceptable du garçon. Hitchcock orchestre une savante montée du suspens mais surtout il rend inéluctable l’issue tant redoutée. La société se condamne de la sorte elle-même au pire, car c’est par un succession de hasards que le garçon se retrouve retardé et encore en possession de l’engin explosif lorsque celui-ci explose. Il y a quelque chose d’assez osé dans le fait qu’Hitchcock fasse de ce jeune garçon le bouc-émissaire de l’histoire, mais encore plus à rendre la société dans son ensemble responsable elle-même de son sacrifice. La séquence en question est un des morceaux de bravoure du film, avec celle de la mort de Varloc par exemple. Ces scène confirment la maîtrise totale d’Hitchcock, entrevue dans la séquence d’ouverture. Au total, le film ne dure que 75 minutes mais pour une efficacité redoutable.

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Là ou Hitchcock est moins convaincant, c’est dans l’histoire d’amour qu’il tisse. Un des autres parallèles nourrit tout au long du film réside dans les films d’amour également programmés dans le cinéma de Varloc, et l’amour que l’inspecteur de Scotland Yard voue à l’épouse du terroriste. La romance est entretenue pour une seule finalité, celle d’offrir au spectateur une issue positive à cette histoire particulièrement sombre. Ce compromis parait maladroit, peut-être parce qu’Hitchcock n’est possiblement pas convaincu lui même de ce choix.

Néanmoins Sabotage reste particulièrement intéressant, notamment pour les quelques points énoncés dans ce texte, même si d’autres niveaux de lectures peuvent être dégagés. Le film est particulièrement clair dans ses intentions, presque trop, mais il permet par là même de démontrer l’importance du montage. De ce point de vue, Sabotage fait presque preuve de cas d”école.

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On notera pour finir deux courtes remarques à propos du casting. Sylvia Sidney, qui joue ici le rôle de l’épouse de Varloc, est également l’héroïne du Furie de Fritz Lang, sorti la même année (1936). Sylvia Sidney a tourné son dernier film sous la direction de Tim Burton. C’est elle qui interprétait le personnage de la grand-mère dans Mars Attacks (1996).
Par ailleurs, on trouve dans Sabotage et dans une courte apparition, le jeune Peter Bull, acteur débutant qui une trentaine d’années plus tard allait jouer le rôle de l’ambassadeur russe dans Docteur Folamour de Stanley Kubrick (1964).

Benoît Thevenin

Hitchcock sur Laterna Magica :

1930 : Meurtre
1932 : A l’est de Shanghaï
1932 : Numéro 17
1936 : Agent Secret (aka Sabotage)
1940 : Correspondant 17
1941 : Joies matrimoniales (aka Mr. and Mrs. Smith)
1941 : Soupçons
1949 : Les Amants du Capricorne
1956 : L’Homme qui en savait trop
1956 : Le Faux coupable
1957 : Sueurs froides (aka Vertigo)
1960 : Psychose
1963 : Les Oiseaux
1964 : Pas de printemps pour Marnie
1972 : Frenzy
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Agent Secret (aka Sabotage) - Note pour ce film :
Réalisé par Alfred Hitchcock
Avec Sylvia Sidney, Oscar Homolka, Desmond Tester, John Loder, Joyce Barbour, Matthew Boulton, Peter Bull, …
Année de production : 1936


Les Vies privées de Pippa Lee (The Private Lives of Pippa Lee) de Rebecca Miller

novembre 5, 2009

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Pippa Lee est un mystère même pour ses proches. Elle arrive à un âge ou cette discrétion ne la satisfait plus, elle veut qu’on la découvre, que l’on prête attention à elle, que l’on comprenne qui elle est. Si Pippa Lee est si secrète, c’est parce qu’elle dissimule de vieux secrets très personnels qui auront affectés son existence.

Rebecca Miller signe là son quatrième film, une adaption de son propre roman (éponyme). Après être passé à côté des deux premiers (Angela en 1995, et Personal Velocity en 2002), j’avais été charmé par sa Ballad of Jack & Rose, joli film troublant et poétique dans lequel elle dirigeait notamment son mari, Daniel Day Lewis.

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Pippa Lee est riche d’un casting 5 étoiles, Robin Wright en tête évidemment puisqu’elle est l’héroïne titre, et qui nous éblouit par sa grâce et sa beauté. Le reste de la distribution a également beaucoup d’allure : Blake Lively pour jouer Pippa jeune, Alan Arkin, Winona Ryder, Maria Bello, Keanu Reeves, Julianne Moore, Monica Bellucci etc.

Le secret de Pippa n’est pas bien lourd, il ne motive pas un quelconque suspens dans la narration. Pippa à juste souffert de l’influence de sa maman, une mère de famille shootée à toutes sortes de médicaments qui lui auront permis de tenir sa maison avec l’apparence d’une grande solidité morale. Le problème de Pippa commence lorsqu’elle se rend compte de la fragilité de sa maman, comment celle-ci se sacrifie littéralement corps et âme pour sa famille. Dès lors, une fracture s’est opérée, Pippa s’est éloignée de sa maman et ne l’a plus jamais revue etc.

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Le film est délicat dans ses intentions, comme pouvait l’être déjà The Ballad of Jack & Rose, mais Rebecca Miller souligne trop chacune des ficelles de son récit, de telle manière qu’elle ne nous laisse jamais nous abandonner à lui. Voila qui est vraiment dommage, car la façon dont elle nous raconte l’émancipation du personnage de Pippa, son cheminement psychologique, comment elle s’est construit en tant que personne, est assez intéressant. Rebecca Miller ne se fait manifestement pas totalement confiance et son travail perd en subtilité ce qu’il avait gagné par ailleurs en douceur et modestie. Le charme délicat opère mais jusqu’à un certain point.

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On arrive au constat d’un joli film, d’un beau portrait de femme, mais malheureusement beaucoup trop anecdotique. Les actrices portent heureusement magnifiquement cette histoire. Robin Wright et Blake Lively se partagent le rôle admirablement, réussissent à nous faire croire qu’elle sont un seul et même personnage. Le pari n’était pas franchement évident dans les premières minutes. La scène ou Blake Lively se transforme en Robin Wright, un moment que l’on redoute pendant longtemps, fonctionne presque naturellement et c’est à mettre au crédit de la réalisatrice. Le reste du casting est également admirable, notamment Alan Arkin même si dans un rôle assez proche de celui qu’il tenait dans Little Miss Sunshine. On retrouve aussi avec plaisir Wynona Ryder, toujours aussi attachante alors qu’elle s’était faite rare ses dernières années. Maria Bello confirme elle qu’elle n’est plus une Coyote Girl, elle confirme le bien que l’on a commencé à penser d’elle avec History of violence.

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Les Vies privées de Pippa Lee ne devrait pas vous marquer plus que cela, mais il reste un petit film honnête et agréable, un peu maladroit, mais qui fonctionne quand même bien. L’éclat de Robin Wright y est pour beaucoup. Force est de reconnaître qu’elle irradie totalement l’écran.

Benoît Thevenin

Filmographie de Rebecca Miller (réalisatrice) :

1995 : Angela
2002 : Personal velocity : three portraits
2005 : The Ballad of Jack and Rose
2009 : Les Vies privées de Pippa Lee


Les Vies privées de Pippa Lee - Note pour ce film :
Année de production : 2008
Sortie française le 11 novembre 2009


Jeux de pouvoir (State of play) de Kevin MacDonald

novembre 5, 2009

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L’époque le veut, on assiste depuis quelques années à une résurgence du cinéma paranoïaque, ou du moins, ils sont légions les films qui s’attaquent à la puissance des multinationales. (Cf. Michael Clayton, The informant, The Constant Gardener etc.). Jeux de pouvoir est l’adaptation au cinéma de la mini série britannique State of Play, qu’Arte diffuse actuellement à raison d’un épisode tous les vendredi soir.

David Yates, le réalisateur de la série, préférant se consacrer à la lucrative franchise Harry Potter, les reines sont repris par Kevin McDonald, documentariste réputé (Un Jour en Septembre, Mon Meilleur ennemi), qui est brillamment passé à la fiction avec l’impressionnant Dernier roi d’Ecosse.

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L’action est ici transposée du Parlement britannique au Congrès américain. Cal McAffrey (Russell Crowe) est un journaliste de la vieille école (comprenez qu’il écrit encore pour un journal papier), en charge d’enquêter sur le meurtre d’un minable toxicomane. Stephen Collins (Ben Affleck), son meilleur ami, est un éminent politicien promis à un brillant avenir. Collins auditionne les protagonistes d’une affaire très opaque concernant les contrats passés par la Défense nationale. Lorsque son assistante trouve la mort, accidentellement ou pas, happée par le métro, de nombreuses questions remontent à la surface…

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Jeux de pouvoir condense autour de cette histoire de nombreuses questions pertinentes et d’une actualité permanente. Le pouvoir déclinant de la presse papier, soumise – du moins dans le film – à la concurrence de la grande foire médiatique orchestrée par des journaux télé à la déontologie douteuse ; l’émergence de la presse web, le lobby des marchands d’armes etc.
Kevin MacDonald touche à des problématiques intéressantes mais qui ne trouvent pas le temps d’être complètement déployées. Les 2h du film, comparées aux 5h de la série, paraissent de ce point de vue, insuffisantes. En revanche, cela permet au cinéaste d’avoir à sa disposition tous les ingrédients pour un excellent thriller.

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MacDonald s’acquitte particulièrement bien de sa tâche. L’intrigue est menée tambour battant, sans rupture de rythme, et avec quelques morceaux de bravoure, en témoigne la séquence d parking pour un moment à très haute tension ou le cinéaste affirme par là même son savoir faire technique (excellent découpage). De cette manière, le film nous prend et on ne le lâche pas.

Jeux de pouvoir est une vraie réussite mais on ne peut s’empêcher quand même de pondérer notre perception. Le fait même que l’on retrouve Russell Crowe en tête d’affiche, nous invite à mesurer la différence avec Révélations, dans lequel il jouait aussi. Michael Mann a choisit de traiter son sujet à l’inverse de la méthode optée par Kevin MacDonald. Dans Révélations, les enjeux thématiques (la fragilité de l’entreprise médiatique face aux questions économiques par exemple) faisaient l’intérêt même du film, sans chercher absolument à produire du divertissement et du spectacle. C’est tout la différence avec Jeux de pouvoir, oeuvre intéressante sans le moindre doute, mais qui privilégie d’abord l’action et le suspens. Les questions sous-jacentes à l’intrigue ne sont de fait que secondaires. Cela n’enlève absolument rien à la réelle efficacité du travail de Kevin MacDonald, mais on se rend compte que le film ne s’élève pas aussi haut qu’il aurait pu.

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Le constat est d’autant plus évident que Jeux de pouvoir souffre d’un casting très inégal. Ben Affleck n’a d’aucune manière la stature suffisante pour son rôle. Comme à son habitude, il est livide, sans aspérité, et jamais crédible. Le constat est d’autant plus cinglant que face à lui, Russell Crowe vit son personnage à fond, avec force et conviction et sans aller jusqu’a l’outrance. A côté d’eux, à l’exception de Rachel McAdams par ailleurs plutôt convaincante, les autres personnages n’ont que peu de place pour s’exprimer. Robin Wright Penn et Jason Bateman sont réduit à des rôles de faire-valoir. Seule Helen Mirren s’impose vraiment en rédactrice en chef, tiraillée par son désir de publier un scoop qui pourrait soigner la santé économique de son journal, et par l’absolue nécessité de se prémunir de toutes contre-attaques juridique.

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Sans être incontournable ou génial, Jeux de pouvoir se révèle un excellent thriller, une oeuvre captivante qui se permet de questionner un minimum le spectateur en des termes qui ne feront de mal à personne. On remarque aussi que le le film révèle la complexité et la sensibilité de la question de la privatisation de la défense nationale américaine. Ce sujet fonde toute la narration de la saison 7 de 24h Chrono, à croire qu’il y a là vraiment matière à un débat difficile et dangereux, ou qui en tout cas nourris quelques tentations paranoïaques…

Benoît Thevenin

Filmographie sélective de Kevin MacDonald

1999 : Un Jour en septembre (documentaire)
2003 : La Mort suspendue
2006 : Le Dernier roi d’Écosse
2007 : Mon meilleur ennemi (documentaire)
2009 : Jeux de pouvoir


Jeux de pouvoir - Note pour ce film :
Année de production : 2008
Sortie française le 24 juin 2009


Négociateur (The Negotiator) de F. Gary Gray

novembre 4, 2009

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Samuel L. Jackson et Kevin Spacey ont la cote à la fin des années 90. L’un surf sur le succès de Pulp Fiction (1994) et Au revoir à jamais (1996), le second voit sa carrière boostée après son Oscar du Second Rôle pour Usual Suspects, et sa prestation remarquée en toute fin de Seven (1995). Quand Négociateur sort en 97, il est au moins intriguant pour cette raison, parce qu’il met face à face deux acteurs que l’on apprécie particulièrement.

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Le réalisateur Félix Gary Gray nous embarque immédiatement dans l’action. Danny Roman (Samuel Jackson) est négociateur au sein d’une brigade anti-gang, chargé là de raisonner un père de famille en train de retenir sa propre fille en otage. Roman est le meilleur dans son domaine, il réussit à désamorcer cette situation à haute tension. Pendant l’opération, une rivalité nous apparaît déjà avec le commandant de la police (David Morse), fatigué par le bla-bla du négociateur et qui préfèrerait appliquer la manière forte au plus vite. Jackson ayant réussit son coup encore une fois, il recueille les louanges, il est traité en héros, et son rival est forcé de ravaler sa rancoeur.
Le coéquipier et meilleur ami de Roman révèle lui bientôt un système généralisé de corruption au sein de son service. Un piège est tendu, il est assassiné et Roman sera vite accusé…

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L’intrigue se met rapidement en place et d’une manière particulièrement bien balisée. On peut regarder sereinement l’histoire se dérouler, ce sera carré, propre. Les clés pour un bon petit film d’action nous sont données et l’on peut s’installer confortablement dans notre fauteuil, sans trop de crainte d’être déçus.

L’idée principale du film est plutôt sympathique, déjà connue mais, décliné à cette intrigante fonction de négociateur, elle fonctionne particulièrement bien. Accusé à tord, Roman va se retrouver de l’autre côté du miroir. Il prend quelques uns de ses collègues en otage, dont l’inspecteur de l’IGS qu’il soupçonne (J.T Walsh), déterminé à faire reconnaître la machination dont il est la victime. Le dispositif pour l’arrêter dans son coup de folie est mis en place mais Roman en connaît évidemment les moindres rouages. C’est là qu’il demande à négocier avec le lieutenant Chris Sabian (Kevin Spacey), parce qu’il sait qu’il est lui aussi brillant dans son travail, mais aussi et surtout parce que ce dernier à la réputation de ne jamais laisser une affaire se terminer dans un bain de sang.

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A partir de là, F. Gary Gray construit un thriller habile, entre tension propre à l’exercice de la prise d’otage, et cette paranoïa nourrie par le complot dont Roman est manifestement la victime. Les deux acteurs principaux étant particulièrement charismatiques et à la hauteur de leurs rôles, on se laisse happer par le rythme du film. Les ficelles ont beau l’air assez grossières, on passe véritablement un bon moment.

Le film est dédié à la mémoire de J.T Walsh, acteur habitué aux seconds rôles, principalement connu pour ses prestations dans Good Morning Vietnam (1987) et Red Rock West (1992). Inspecteur ripoux dans Négociateur, il a aussi incarné le violent routier de Breakdown.  J.T Walsh est décédé d’une crise cardiaque à l’âge de 54 ans au début de l’année 1998, quelques semaines après le tournage de Négociateur.

Quant à F. Gary Gray, il s’est imposé comme un des plus sympathique réalisateurs hollywoodiens. Négociateur est son troisième long-métrage. Il a notamment révélé Chris Tucker avec Friday (1995), et réalisé  le très bon polar féministe Le Prix à payer (en 1996, avec Queen Latifah). Depuis, il s’est surtout fait remarqué avec Braquage à l’italienne (2003). C’est aussi à lui que l’on doit le clip de Mrs Jackson pour Outkast.

Benoît Thevenin

Filmographie de F. Gary Gray

1995 : Friday
1996 : Le Prix à payer
1998 : Négociateur
2003 : Un homme à part
2003 : Braquage à l’italienne
2005 : Be Cool
2009 : Law Abiding Citizen


Négociateur - Note pour ce film :
Réalisé par F. Gary Gray
Avec Samuel L. Jackson, Kevin Spacey, J.T. Walsh, David Morse, Paul Giamatti, Siobhan Fallon, Ron Rifkin, …
Année de production : 1997
Sortie française le 4 novembre 1998


Point de rupture (Breakdown) de Jonathan Mostow

novembre 4, 2009

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Pour se voir promu maître d’oeuvre de la suite redoutée aux Terminator de James Cameron, il a bien fallu que Jonathan Mostow se taille une réputation. En 1997, il n’est pas connu de grand monde, sinon pour ce qui est paraît-il un honnête téléfilm intitulé Flight of Black Angel (1991). Breakdown est son premier long-métrage pour le cinéma, une série B typique, avec le casting qui va avec. Kurt Russell fait face à J.T Walsh sur les routes perdues du désert de l’Arizona.

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Russell incarne un modeste conducteur de 4×4 qui après s’être fait kidnapper son épouse, se met en chasse de ceux qui l’ont enlevée. On pense inévitablement à Duel, grande référence du thriller routier, lorsque le poid-lourd piloté par Walsh surgit pour la première fois dans le rétroviseur de Russell (façon de parler, la rencontre ne se passe exactement comme ça). Mais on a tord. Jonathan Mostow déplace son suspens bien au-delà de la route, profite allègrement des paysages immenses et déserts qui lui sont offert. Il arrive ainsi à dégager rapidement une véritablement ambiance, trouble et peu à peu malsaine (cf. vers la fin, par exemple, cet enfant exhorté par ses parents de presser la gachette). L’intrigue est certes ponctuée de clichés mais ils sont autant de passages obligés d’un film qui respecte les codes du sous-genre dans lequel il s’inscrit, ne cherche pas à s’en démarquer absolument, mais se préoccupe plutôt de réussir un film prenant.

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C’est là la grande qualité de ce Breakdown, thriller nerveux et haletant qui se déroule tambour battant, avec un sens du rythme affirmé que l’on reconnaîtra toujours ensuite dans les autres film de Mostow. Au-delà du seul rythme, le film s’avère un peu plus approximatif, s’autorise quelques facilités, quelques incohérences qui ne sont pas forcément des négligeances et qui ne nuisent en tout cas pas à l’efficacité d’ensemble du film. On peut imaginer que c’est justement cette efficacité qui obsède principalement Mostow.

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Idéalement porté par Kurt Russell, toujours parfait dans la peau de ce genre de personnage ordinaire poussé à se confronter au plus près de ses limites, et par J.T Walsh, implacable méchant débonnaire, Breakdown est une vraie réussite, un honnête film de série B, bien maîtrisé et d’autant plus sympathique qu’il n’est pas parfait.

Benoît Thevenin

  • Filmographie de Jonathan Mostow :

- Point de rupture (aka Breakdown) (1997)
- U-571 (2000)
- Terminator 3 (2003)
- Clones (2009)


Point de rupture - Note pour ce film :
Réalisé par Jonathan Mostow
Avec Kurt Russell, J.T. Walsh, Kathleen Quinlan, …
Année de production : 1996
Sortie française le 8 octobre 1997


Terminator 3 : le Soulèvement des Machines (Terminator 3: Rise of the Machines) de Jonathan Mostow

novembre 3, 2009

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Une décennie après le mythique Terminator 2, qui avait non seulement révolutionné le cinéma de science-fiction mais aussi le cinéma tout court, voilà que surgit Terminator 3 : Rise of the machines. James Cameron cède cette fois son fauteuil de réalisateur à Jonathan Mostow, à qui l’on devait les très efficaces Breakdown et U-571. Pour son sens du rythme et le dynamisme de ses réalisations, Mostow s’avérait un choix pertinent pour T3.

En 2003, John Connor vit comme un reclus pour échapper à l’éventuelle (et improbable) attaque d’un nouveau Terminator. Pourtant, une nouvelle machine va être envoyée du futur pour retrouver sa trace. On apprend alors qu’en 2032, l’épouse de John Connor en a aussi envoyé une… pour le protéger.

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Si Cameron a donné son aval pour le film, bien qu’il n’ait pas souhaité s’en charger, Schwarzenegger a lui longtemps refusé de reprendre le rôle titre, sans doute trop accaparé par la préparation de sa campagne pour le poste de gouverneur de Californie qu’il occupe désormais.

A sa sortie, ce troisième opus a souffert de la comparaison avec ses deux prédécesseurs. On le dit moins profond, uniquement centré sur l’action, trop second degré, trop elliptique, trop “copié” sur les anciens, etc. Il faut dire que reprendre le flambeau laissé par James Cameron n’était pas une mince affaire. Pourtant, Mostow s’en sort honorablement, réalisant, sans se hisser à la hauteur de Terminator 2, un grand film d’action. Et si le deuxième opus trainait parfois en longueur quand il s’agissait de développer ses personnages,  Terminator 3 enchaine lui les morceaux de bravoure sans jamais nous laisser souffler.

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T3 revient à l’esprit du premier épisode, c’est à dire à un long métrage court mais efficace, où le développement se fait dans l’action, une course poursuite effrénée où les personnages multiplient les moment d’héroïsmes (mention spéciale à Claire Danes, plus que convaincante en futur épouse de John Connor) et où les méchants sont aussi terrifiants que peu locaces. La T-X, incarnée par Kristanna Loken, est la digne version féminine du T-80. Le budget du film le permettant, on découvre aussi toute une armée de robots qui flatte notre âme d’enfant !

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Le montage est dynamique, la mise en scène musclée, les effets spéciaux remarquables (un grand bravo au regretté Stan Winston) et la musique de Marco Beltrami palpitante. Le scénario, en revanche, est peut-être le point faible du film, car souffrant de plusieurs incohérences, à commencer par le fameux Jugement dernier.  Skynet ayant été détruit dans le second épisode, c’est à dire en 1997, comment se fait-il qu’il existe encore en 2003 ? Les scénaristes s’en sortent par une pirouette à laquelle on ne croit pas vraiment, à savoir que Skynet est un logiciel dans le cyberespace, qu’il n’y a pas de mémoire centrale que l’on pourrait débrancher, et que le Jugement dernier est inévitable.

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Cet argument contredit tout ce qui a été énoncé dans le deuxième épisode, et annihile même tout ce pourquoi Sarah Connor s’est battue (Les Connor, le Terminator et Miles Dyson se rendaient chez Cyberdine pour tout détruire, rappelez-vous). La continuité narrative n’est donc pas assurée, mais en temps, on se laisse porter par le film tel qu’il est, et l’on savoure le plaisir de retrouver le Terminator et la famille Connor une troisième fois à l’écran ! Le Terminator is back, plus fort que jamais. D’ailleurs, bien s’il se définisse lui-même comme une machine obsolète, le  T-800 se permet des prouesses qui auraient été impensables dans les deux premiers (traverser des murs, arracher une portière ou renverser une camionnette d’un simple coup de pied). Du coup, on en vient à se demander s’il s’agit vraiment du même modèle.

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L’autre incohérence majeure concerne le personnage de John Connor, que les scénaristes ont cru bon transformer en couard qui fuit ses responsabilités et son destin. Non seulement cela ne fonctionne pas, car la formation et le conditionnement de John par sa mère aurait normalement dû porter ses fruits (d’autant qu’il était plutôt courageux dans T2), mais cela devient agaçant à longue, notamment lors de la séquence où il menace de se faire sauter la tête pour échapper au futur. Les scénaristes ont sans doute voulu en faire un anti-héros, mais au final, il ressemble plus à un side-kick de buddy-movie ! Le choix de l’acteur, Nick Stahl, épouvantable cabotin dans ce rôle, est aussi très contestable.

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Le scénario nous confronte également à un paradoxe intéressant. La machine envoyée dans le passé pour protéger John Connor est également celle qui l’a tué en 2032 ! Ainsi, John connait à l’avance son futur assassin…

Du reste, on s’amuse énormément ! On est happé par le suspense (la poursuite dans l’accélérateur de particule en est un bon exemple), on rit (les répliques sont cinglantes), et on est surpris à d’autres moments, notamment lors de la scène où le T-X prend possession du corps de son adversaire pour le reprogrammer.

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Pour autant, Terminator 3 n’est pas juste un bon divertissement, et même si sa structure narrative se repose beaucoup sur ce qui a déjà été fait, sa mise en scène n’est pas dénuée de sens. L’introduction, notamment, est très réussie, alternant fondus au noir, voix off et images choc (la bombe atomique, les armées de Terminators dont un qui s’arrête carrément pour nous scruter). Peut-être même s’agit-il  de la meilleure intro des trois films ! Comme dans le second, elle a quelque chose de prophétique et même d’onirique. En témoigne cette scène où John Connor lâche une bouteille dans l’eau, laquelle va finir par s’écraser sur un sol jonché de cranes humains, puis la caméra sort de l’eau et on découvre que l’on est dans le futur… jusqu’à ce que John se réveille ! (voir la vidéo ci-dessous). Le final sous les bombes est également remarquable, à mi-chemin entre le pessimisme le plus noir et l’espoir le plus tenace.

En revanche, l’atmosphère visuelle change radicalement sous la direction de Jonathan Mostow. Le cinéaste délaisse les bleus chromés de James Cameron pour une esthétique plus chaude, avec des tons oranges, flamboyants, et opte pour un montage beaucoup plus “cut” que celui de James Cameron, lequel nous avait plutôt habitué à de longs plans fluides.

Terminator 3 surprend et s’impose finalement comme une belle réussite. Jonathan Mostow a su se démarquer de son prédécesseur avec brio. Il y aura toujours des réfractaires pour dire que le film est raté, mais le recul nous permet de constater que le film s’est forgé une certaine réputation, y compris même  auprès des fans de la première heure. A présent, il nous reste à juger la future trilogie en cours

Michaël Frasse-Mathon


Terminator 3 - Note pour ce film :
Réalisé par Jonathan Mostow
Avec Arnold Schwarzenegger, Nick Stahl, Kristanna Loken, Claire Danes, Mark Hicks, David Andrews, …
Année de production : 2002
Sortie française le 6 août 2003