Le Labyrinthe de Pan (El Laberinto del Fauno) de Guillermo del Toro

Le Labyrinthe de Pan est sans doute l’œuvre la plus aboutie, la plus poétique, et la plus immersive de Guillermo Del Toro. A son univers fantastique, le cinéaste associe le contexte du franquisme et de la guerre civile d’Espagne. Ce mélange, le réalisateur mexicain l’avait déjà effectué, avec une aisance et une profondeur admirable, avec L’échine du Diable. A l’instar de ce précédent long métrage, Le Labyrinthe de Pan évoque les craintes infantiles. Au delà de la peur irrationnelle qu’inspirent les monstres, la vraie horreur est celle de la guerre. Le mal est réel et rationnel, non imaginaire.

Le Labyrinthe de Pan nous plonge, très tôt, dans une féérie macabre, alimentée par l’imagination morbide d’une enfant influencée par des légendes locales. Ofelia, une préadolescente fantasque, développe une relation de haine vis à vis de Vidal, un cruel capitaine de l’armée franquiste, avec qui sa mère va se marier. Ofelia se refugie dans un monde de rêve, où l’attend mille dangers. Dans la forêt environnante, elle va rencontrer le faune, une créature mythique semblable aux farfadets. Le Faune est interprété par Doug Jones, fidèle à Del Toro, puisqu’il était déjà Abraham Sapiens, l’homme aquatique de Hellboy.

Hellboy vs Le Labyrinthe de Pan
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La violence du film, parfois extrême, est parfaitement justifiée par son propos. La jeune héroïne s’échappe d’une réalité belliqueuse, en s’inventant un monde à elle. Le parcours d’Ofelia se compose en trois épreuves principales. La réussite de l’une l’amène à la suivante. On retrouve ici le schéma narratif du conte, que Guillermo Del Toro réemploie à sa manière, en l’introduisant dans la réalité féroce d’un drame historique très documenté. Et quant à l’authenticité du monde d’Ofelia (hallucination ou pas ?), le réalisateur a l’intelligence de nous laisser nous forger notre propre opinion, nous en remettre à notre propre imaginaire.

Si Le Labyrinthe de Pan est si fascinant, c’est aussi parce qu’il fait la synthèse de tout le travail réalisé jusqu’alors par Guillermo Del Toro. Le cinéaste réemploie avec raffinement toutes les thématiques qui lui sont propres.

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Trois scènes de Mimic
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On retrouve d’abord cette fascination pour l’entomologie. Qu’il s’agisse de Mimic, ou du Labyrinthe de Pan, les insectes revêtissent une apparence humaine, pour mieux tromper l’héroïne (Mimic), ou l’aider (Le Labyrinthe de Pan). Les insectes sont donc un des thèmes de prédilection chez Guillermo Del Toro, assurant la cohérence entre ses œuvres.

Autre thème récurent, celui de l’enfant à naître, du fœtus. On le retrouve à la fois dans L’échine du diable (les enfants morts nés, que le professeur consomme pour garder un brin de jeunesse), et dans Le Labyrinthe de Pan (le bébé que porte la mère d’Ofelia). Dans les deux cas, jeunes enfants, gestation, et natalité sont associés à la mort. De même dans Hellboy, où le héros est d’abord rejeté à sa naissance par les portes de l’Enfer. Dans Le Labyrinthe de Pan, comme dans Hellboy, l’enfant fera l’objet d’un rite funeste. L’accomplissement de ce rite doit permettre l’ouverture des portes d’un autre monde, un monde de cauchemars et fait qui l’objet du climax, comme dans la plupart des films de Guillermo Del Toro.

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L’Echine du Diable.
Dans ces bouteilles et bocaux, les sources de votre rajeunissement…
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On pourrait s’amuser à établir un parallèle entre le capitaine Vidal du Labyrinthe de Pan, et l’officier nazi Karl Kroenen de Hellboy. Ce sont deux monstres assoiffés de sang, sans pitié, à l’apparence vestimentaire et aux méthodes quasi similaires. Ils sont l’incarnation du genre de monstre infâme que peut engendrer la guerre. Mais si Kroenen est froid et mécanique, Vidal est lui très impulsif. Dans tous ses films, Del Toro décrit un processus de déshumanisation : le jeune, et patibulaire, Jacinto de L’échine du Diable, ou le monstrueux Raspoutine d’Hellboy – qui finit par enfanter un monstre, au premier sens du terme – où le capitaine Vidal, que le fanatisme envers Franco a rendu à jamais sadique. Del Toro sait créer des icones du Mal forts et marquants.

Karl Kroenen (Hellboy) vs Vidal (Le Labyrinthe de Pan)

Sur le plan visuel, ce film est, sans conteste, le plus abouti de sa filmographie. Guillermo Navarro, chef opérateur attitré de Del Toro, est à la base de ce résultat. Le monde féérique d’Ofelia prend des teintes tantôt dorées tantôt vertes. Le monde réel bascule dans des tons gris qui illustrent à merveille le point de vue pessimiste du réalisateur. Pour Guillermo Del Toro, l’horreur est en parfaite adéquation avec l’univers des contes, un genre qui, pour lui, ne s’adresse pas seulement aux enfants. Cette impression est confirmée par les choix esthétiques, sombres et malsains, du cinéaste. Guillermo Del Toro filme son bijou noir avec élégance et style, en s’inspirant, à la fois, de Lewis Carroll, de Platon, ou des peintures de Goya (la référence au peintre, durant la scène du mangeur d’enfants sans yeux, est avouée par le réalisateur). Del Toro lorgne aussi, sans doute, du côté de H. P Lovecraft, le célèbre et dément auteur fantastique, comme il l’avait fait précédemment pour Hellboy.

Le Labyrinthe de Pan permet aussi une révélation, la jeune Ivana Baquero, qui incarne Ofelia avec précision et justesse, tout en nous émouvant par sa sincérité. Sergi Lopez n’est pas en reste. L’acteur nous livre l’un des plus beaux vilains de l’histoire du septième art, quelque part entre le colonel Kurtz d’Apocalypse Now et Dark Vador dans Star Wars. La performance globale des acteurs est d’ailleurs à souligner (Ariadna Gil dans le rôle de la mère, et Maribel Verdu dans celui de la servante-résistante), preuve du talent de Guillermo Del Toro pour la direction d’acteurs. Il n’est donc pas seulement un bon plasticien, ni un simple raconteur d’histoires fantastique.

Car il est vrai que dans ce registre, Del Toro excelle. La narration, comme la réalisation, est à la fois sobre et dynamique. Le récit ne souffre donc d’aucune longueur. A l’image de ses précédentes œuvres, les aventures dans lesquelles nous entraine Guillermo Del Toro sont tout ce qu’il y a de plus humaines. Avec Le Labyrinthe de Pan, Guillermo Del Toro redonne ses lettres de noblesses à un genre souvent déconsidéré. Le fantastique permet pourtant de sonder la noirceur de l’âme humaine, avec une profondeur insoupçonnée. La ‘magie noire’ cinématographique de l’auteur mexicain n’a, sans doute, pas fini de nous surprendre….


Michaël Frasse-Mathon
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Le Labyrinthe de Pan – Note pour ce film :
Réalisé par Guillermo Del Toro
Avec Ivana Baquero, Sergi Lopez, Doug Jones , Maribel Verdu, Ariadna Gil, …
Année de production : 2006
Sortie française le 1e novembre 2006


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