
L’Enquête renoue avec un genre qui a obtenu ses lettres de noblesses dans les 70’s, grâce à Coppola (Conversation Secrète), Sydney Pollack (Les trois jours du Condor), ou Alan J. Pakula (Klute, A Cause d’un assassinat etc.), le thriller politique et paranoïaque. Face à ces poids lourds, tous dépositaires d’une ambiance et d’un état d’esprit bien particulier, L’Enquête peut effectivement ne pas peser forcément très lourd. Il s’agit pourtant d’un film parfaitement dans l’air du temps, prémonitoire des moments de crises que nous traversons, et de toutes les façons symbolique d’un monde tentaculaire ou les puissants ne sont pas forcément ceux que les peuples démocratiques ont portés au pouvoir.
Le titre original renseigne bien mieux sur cette logique tentaculaire et globalisée. The International a un sens bien plus profond que le très banal L’Enquête. Passons.
Il s’agit néanmoins bien d’une enquête, évidemment, laquelle commence quasiment sans préambule dès la seconde minute du film lorsqu’un enquêteur s’effondre subitement devant la Gare de Berlin sous les yeux de son collègue impuissant, incarné par Clive Owen.

Nous apprenons vite que le personnage de Salinger (C. Owen) est un agent d’Interpol qui travaille depuis de longs mois sur les agissements obscurs d’une banque luxembourgeoise. Il travaille en collaboration avec une femme procureur à New-York (Naomi Watts), bien décidés tous deux (quoique le personnage de Naomi Watts est insuffisamment développé et limité même à une fonction de faire-valoir…) à prouver les liens avec la mafia, notamment, qu’ils soupçonnent. L’enquête prend une ampleur encore plus importante avec le décès du collègue de Salinger, l’assassinat étant vite assimilé et relié à de nombreux cas de morts accidentelles et suspectes…
Le film est mené tambour battant par un Tom Tykwer assagit, lui que l’on a connu plus turbulent avec le très électro-pop Cours Lola Cours, ou encore dernièrement avec sa version relativement folle du Parfum. L’Enquête est menée sur différents fronts internationaux, de Berlin à Istanbul en passant par Lyon, New-York ou Milan. Cette vision globale n’est pas nouvelle, les différents agents-secrets qui débarquent régulièrement sur nos écrans (Jason Bourne, James Bond et Ethan Hunt) ayant particulièrement empruntés ce schéma globe-trotter ces dernières années.

L’enquête de Salinger n’est pas particulièrement spectaculaire, assez laborieuse et frustrante même (pour le personnage), mais le spectateur est suffisamment impliqué pour qu’il ne lâche rien de cette quête aventureuse et obstinée. D’autant plus que la croisade de Salinger renvoie à des problématiques (géo)politiques et économiques très actuelles. Les producteurs de The International ne pensaient sans doute pas à l’imminence d’une crise financière de large ampleur lorsque le projet a été lancé. Reste, que les raisonnances sont de fait aujourd’hui assez marquantes et donnerons du grain à moudre à ceux qui veulent que le système dans lequel le monde occidental évolue depuis la fin de la dernière Grande Guerre ne s’effondre.
L’une des scène clé intervient vers la moitié du film lorsqu’un candidat déclaré au poste de premier ministre de l’Italie expose les principes qui établissent les relations de pouvoirs et d’asservissement. La notion a alors une visée très globale. On nous explique que la banque incriminée par l’enquête de Salinger favorise les guerres dans les pays du tiers-mondes pour mieux fabriquer de la dette, cette dette permettant la croissance financière fulgurante des banques et augmentant leurs mains mises sur leurs clients, c’est à dire les acteurs des conflits.

Mais ce schéma est aussi lisible à plus petite échelle et l’on se souvient que l’origine même de la crise que nous traversons actuellement provient justement de l’explosion des dettes des ménages aux Etats-Unis. La dette est un moyen de tenir le peuple et d’exercer un pouvoir sur lui tout en l’abreuvant de choses qu’il désire sans que cela lui soit nécessaire. Le principe est déclinable à toutes les échelles, même la plus personnelle, et sans oublier que le plus lourd fardeau des pays occidentaux les plus riches et justement la dette qui pèse sur eux.
Bon, tout ceci est assez confusément expliqué mais on doit pouvoir distinguer l’idée générale, même si elle peut apparaître au final plutôt simpliste : celui qui tient les cordons de la bourses détient le pouvoir.
Le film est donc assez symbolique d’un monde avant la crise ; alors qu’universellement aujourd’hui l’espoir d’un changement général, de système, de règles, de mentalité est réclamé. Les banquiers sont désignés comme les ennemis, les paradis fiscaux notamment luxembourgeois et suisses, sont pointés du doigt… The International n’arrangera pas leurs images.
The International est un film qui fonctionne parfaitement, parce que sa mécanique est bien huilée, parce que la narration ample mais pas non plus complètement folle distille assez de fantasmes paranoïaques pour capter littéralement l’attention du spectateur.
D’autant plus que Tom Tykwer nous réserve aussi quelques moments de bravoure. Surtout un en fait avec la fabuleuse séquence au musée Guggenheim à New-York. C’est dans l’efficacité du découpage, plus que dans les mouvements de caméra, que la séquence prend son ampleur. Point d’esbroufe juste une gestion intelligente de l’espace (l’architecture du musée offre d’ailleurs de magnifiques possibilités) et du temps pour une montée d’adrénaline dès plus exaltante.
The International ne manque pas de souffle ni d’intérêt. La quête aventurière de Salinger est un divertissement honnête et spectaculaire, porteur de quelques interrogations même si le discours apparaît finalement sans espoir.
Benoît Thevenin
Avec Clive Owen, Naomi Watts, Ulrich Thomsen …










































































mars 23, 2009 à 8:28
Ravi de voir que tu écris toujours! C’est vrai que tes lecteurs devaient se poser des questions, vu qu’ils t’ont connu plus prolifique sur l’ancienne version du blog, entre les infos quasi-quotidiennes et les critiques régulières. Mais je suis bien placé pour savoir que la tenue d’un blog est un sacré travail, surtout quand on fait tout tout seul. Cela dit, ce serait dommage d’arrêter, car ta prose est toujours aussi intéressante à lire. Et, même si les mesures imbéciles mises en place ne vont pas franchement arranger les affaires des exploitants, peut-être la VOD permettra-t-elle aux films d’être vus par une audience un peu plus large. Donc les avis de cinéphiles éclairés seront toujours aussi utiles pour faire le tri entre petits films intéressants et gros navets commerciaux.
Après, il est évident qu’il est quasiment impossible de tout voir, avec ce rythme de sorties effréné. Même l’ami Rob Gordon, qui en voit beaucoup, n’arrive pas à tout chroniquer! La solution, si on veut proposer des critiques exhaustives à ses lecteurs, c’est de s’associer entre passionnés et de créer un vrai site. C’est peut-être aussi une idée à creuser…
En attendant de lire la suite de tes chroniques! Amicalement
mars 23, 2009 à 10:01
en cette periode de printemps du cinéma, je cherche quelques films à voir … pourquoi pas ….
tu as d’autres idées ?
mars 24, 2009 à 11:07
ça me tente beaucoup… reste à savoir s’il sera programmé dans le cinoche “art et essai” auquel je me suis abonné, j’en doute…
Magali, perso je te conseillerais Boy A, L’autre, La journée de la jupe, Ferien, Elève libre et Ricky…
mars 24, 2009 à 1:50
Bonjour! je comprends ces interrogations sur la ligne éditoriale du blog. Pour ma part, je remarque que je vais de moins en moins voir les nouveautés et que souvent je n’écris rien ensuite, surtout le films français qui me déçoivent invariablement… Je suis plus tentée par des classiques à découvrir comme les DVD de Oshima, Rozier, etc… Et des films cultes vus sur CinéCinéma classic ou TCM, un vieux Losey de derrière les fagots, ça j’M!!! Il y a la course aux avant-premières mais c’est pas mal ludique aussi de voir les films avant leur sortie… Ce que tu dis de l’”Enquête” m’encourage à y aller, sinon, j’aurais passé mon tour… @+
mars 24, 2009 à 6:53
hello Benoît, pour ma part je ne me fait pas de souci quand à la continuité de ton blog, me rappelle qu’on avait abordé le sujet il y a quelques temps,c’est pour cela que je sais que tu abandonneras pas Laterna Magica et ce pour notre plus grand plaisir.. mais je suis bien placée pour me rendre compte que la tenue régulière d’un blog est très difficile à maintenir sur une longue durée..bon, pour ma part il est vrai que si tu ne fait plus de critiques régulières, je serais un peu “perdue” vue que depuis que je te connais je ne vais pas du tout chercher ailleurs d’informations sur les films à part le site d’allociné pour les programmations.. Pour en revenir à “l’Enquête”je me posais justement la question de savoir s’il valait le coup d’aller le voir..d’après toi c’est oui, alors je me laisserai peut-être tenter.
Moi ce soir c’est “Revanche” film autrichien,hier c’était Une famille Brésilienne (Linha de passe) de Salles, que j’ai trouvé très bien, ai vu aussi Un Lac de Grandrieux..superbe, The Chaser ..excellent!!
Te souhaite une bonne soirée, gros bisous Benoît à bientôt
mars 24, 2009 à 9:29
merci pour ces conseils … je note !!
j’ai vu Boy A, je vais dire que c’est quasiment mon film préféré depuis ce début d’année (avec Gran Torino peut être)
L’autre me tente bien aussi, et si je peux voir Tokyo Sonata …
mars 24, 2009 à 10:13
Un film que je n’ai pas encore vu mais qui pourtant me tente bien donc à l’occasion il faudra que j’essaie de le voir
mars 29, 2009 à 10:45
1e scène du film : ça se passe à la Hauptbahnhof de Berlin.
1e commentaire : Oh, j’y étais, y a même pas une heure ! (j’ai vu le film à Berlin le mois dernier)
Xe scène du film : énorme fusillade au Guggenheim.
Xe commentaire : Oh, j’y étais l’été dernier !
Oui, je me la pète et alors ? Si ça, c’est pas de la critique constructive !