Who’s that knocking at my door ? (aka I Call First / Bring on the dancing girls) de Martin Scorsese

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En 1967, Martin Scorsese réalise son court-métrage le plus célèbre, The Big Shave. L’expérience de ce film constitue un exercice pour le jeune cinéaste, lequel commence à traverser une période de doute. Il a du mal à s’imaginer un futur dans l’industrie du cinéma. Scorsese reste sur un échec, son film de fin d’étude à l’université de New York, Bring on the Dancing girls (tourné en 64) ne trouve pas de distributeur alors même que le projet est à cette époque le plus ambitieux et le plus cher jamais tourné dans l’histoire de l’école de cinéma de NYU. Seulement, Scorsese fait déjà preuve d’un talent et d’une personnalité qui n’échappe pas à son professeur d’Histoire du cinéma, Haig Manoogian. Ce dernier convainc Scorsese de reprendre son film et d’y ajouter de nouvelles scènes. En 1968, et quatre ans après la présentation du film dans sa première version, Bring on the Dancing Girls devient Who’s that knocking at my door ?

Au départ, le film est tout entier dédié aux souvenirs de jeunesse de Scorsese, les rues de Little Italy, les bagarres, les beuveries entre potes. Who’s that knocking at my door ? débute quasiment sur une scène de rixe dans la rue, une scène dont nous percevons nous aujourd’hui les échos dans l’oeuvre de Scorsese. Ensuite, J.R, le héros incarné par Harvey Keitel, rencontre une jeune fille. Cette part là du film n’était pas développé dans la première version, mais elle va là constituer le noeud de l’histoire. La scène de la rencontre est assez amusante – façon de parler – tant elle nous fait comprendre avec évidence à quel point le personnage joué par Keitel n’est rien d’autre qu’une projection du cinéaste lui-même. La jeune fille lit Paris Match et une discussion commence qui va dériver sur un échange autour de La Prisonnière du désert de John Ford. En quelques minutes, on assiste à tout ce qui fera le cinéma de Scorsese par la suite : une certaine violence de rue, la notion de famille, un dynamisme dans les dialogues, et des références cinéphiles qui se ressentent aussi dans la mise en scène.

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Scorsese commence à tourner ce métrage cinq ans après l’éclosion de la Nouvelle Vague. Cet élan nouveau, on le retrouve bien sûr très largement dans le cinéma américain du début des années 60, autant que dans les autres cinématographies d’ailleurs. Scorsese est évidemment nourrit du cinéma des Truffaut, Godard et cie, mais plus encore par le travail du jeune Bernardo Bertollucci, lequel incarne la relève en Italie et pour qui Scorsese voue alors une véritable admiration. On ressent donc cette influence là, avec un caractère libre, à fleur de peau, mais qui n’exempte pas quelques maladresses, des effets gratuits, un montage un peu approximatif. Scorsese s’amuse, tente des choses, sa mise en scène est enthousiaste… et ça se voit.

Même une fois la seconde version tournée et montée, Scorsese désespère de trouver un distributeur pour exploiter son premier long-métarge. La critique après les premières présentations sont pourtant élogieuses. Un producteur de films érotiques en quête de respectabilité s’intéresse néanmoins à Scorsese mais lui demande d’ajouter quelques scènes de nu. Le cinéaste reconvoque Harvey Keitel, embauche Anne Colette, une actrice vue dans le court-métrage de Godard Tous les garçons s’appellent Patrick, et se plie à la volonté du producteur.

Ainsi, Scorsese réalise dans son premier film ce qu’on ne verra plus jamais par la suite : une scène érotique. La séquence en question, peut-être la plus belle du film, s’intègre étrangement à l’ensemble ce qui est normal puisqu’elle n’était pas prévue. Dans cette scène, J.R rêve qu’il fait l’amour avec une autre jeune femme que celle qu’il a séduit et avec qui il sort. Peut-être est-ce déjà un clin d’oeil, peut-être Scorsese nous annonce déjà qu’on ne l’y reprendra plus, en tout cas cette pièce rapportée au métrage est accompagné par The End des Doors…

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Délesté de ce fantasme sexuel imposé, le récit se poursuit et laisse dérouler quelques obsessions du cinéaste. Who’s that knocking at my door ? marque une rencontre improbable entre deux jeunes gens qui ne paraissent pas être fait l’un pour l’autre. Dans la relation entre J.R et la fille, il y a quelque chose de la relation entre Jake La Motta et Vickie dans Raging Bull. (Les deux actrices, Zina Bethune ici et Cathy Moriarty, ont d’ailleurs un air de ressemblance). Who’s that knocking at my door ? ne peut aboutir qu’a un échec sentimental.

Le couple se délite dès lors que Zina confesse avoir été violée un jour. Elle n’est plus vierge ce qui est inacceptable aux yeux de J.R. Ici apparaît le héros Scorsesien dans toute sa splendeur : violent, macho, torturé, capable de délicatesse autant que de la plus dure des violences morales. Cette quête de la virginité est accompagné d’une emprise du religieux qui n’était jusque là pas évidente dans le film. La conclusion nous renvoie en revanche radicalement à cette obsession de Scorsese pour la religion. Mais c’est aussi là que transparaît également l’extraordinaire talent d’un artiste en devenir : le cinéaste impose une vision symbolique qui pourrait être lourde et de mauvais goût mais qui passe là parfaitement. J.R part se confesser, embrasse le crucifix et se met à saigner de la lèvre.

Who’s that knocking at my door ? est le premier essai réussi d’un auteur en devenir mais qui ne canalise pas encore sa fougue. Le film est parfaitement condensé, énergique et plutôt intense, bordélique même. Mais de cet sorte de chaos, émerge tout ce qui constituera le cinéma de Scorsese : des figures de styles, des thématiques, une façon de caractériser les personnages, une ambiance aussi. Dans  Who’s that knocking at my door ? il y a en gestation ce qui fera Mean Streets et Taxi Driver. La carrière de Scorsese est alors bien lançée et  le cinéaste avait tord de se faire du soucis pour son avenir… mais comment pouvait-il savoir ?

Benoît Thevenin


Who’s that knocking at my door ? - Note pour ce film :

Réalisé par Martin Scorsese
Avec Harvey Keitel, Zina Bethune, Anne Colette …
Année de production : 1965-1968
Sortie française le 10 juin 2009

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