Horizons Perdus (Lost Horizon) de Franck Capra

HORIZONS PERDUS

Lorsqu’il réalise Horizon Perdus (37), Franck Capra est un des réalisateurs en vogue à Hollywood. Le cinéaste tourne depuis une dizaine d’années déjà mais enchaîne depuis le début des années 30 quelques films importants. Capra est déjà un réalisateur à Oscar. L’académie pense à lui dès 1933 (nomination pour La Grande Dame du jour), et le récompense pour la comédie loufoque New York – Miami (34) et pour  L’Extravagant Mr Deeds (36).

Dans ces années là, le contexte mondial n’incite guère à l’optimisme : les Etats-Unis peinent à se relever de la grande crise de 29 alors que s’annonce pour bientôt la seconde Guerre Mondiale. Horizons Perdus peut sembler de prime abord comme déconnecté de cette réalité là alors que c’est en fait tout le contraire. Le film de Capra prévient de l’imminence d’une Guerre et se révèle une fable pleine de bon sens qui, comme c’est toujours le cas malheureusement, n’aura pas pu alerter le monde des dangers dans lequel il s’aventurait tout droit. En cela, Horizons Perdus est un film clé qui relate avec force et audace, sur un mode romantique et humaniste, l’état du monde de la fin des années 30.

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Horizons Perdus ne parle pourtant pas directement d’économie, de mouvement sociaux, ni même des Etats-Unis. Le film débute en pleine guerre civile en Chine et accompagne quelques dignitaires britanniques en fuite dans un avion. L’appareil est détourné et l’avion se pose en catastrophe dans les montagnes tibétaines. Après une longue marche, les quatre survivants découvrent une ville isolée, Shangri-la. La cité contraste avec les évènements violents décrit jusque là : Shangri-la est paisible, sa population accueillante. Les survivants éprouvent un certain scepticisme mais devront se rendre compte bientôt d’une évidence. Shangri-la est une ville préservée de tout conflit, une véritable utopie.

Le film mélange aventure, surnaturel et fable morale, dans le plus pur style de Capra. Dans une scène fondamentale, le héros britannique, que l’on nous a présenté comme le futur Premier Ministre de la Reine, écoute le long discours du patriarche de la ville. Ce dernier avertit le politicien des dangers que courent le monde. La scène a une portée bien plus large évidemment, puisque avec notre recul nous pouvons la comprendre à la lumière de l’Histoire. Le film de Capra détonne donc pas sa lucidité, la force de son propos.

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Au delà de son indéniable puissance humaniste, Horizons Perdus est aussi un film impressionnant et spectaculaire, dès lors que l’on se replace dans le contexte des années 30, des possibilités techniques de l’époque. Les scènes d’aventures (le crash de l’avion, l’avalanche) captivent et donne une envergure supplémentaire à une oeuvre profonde et riche qui est sans doute un des sommets de la carrière du cinéaste italo-américain – lequel nous offrira quelques années plus tard d’autres joyaux de l’histoire du cinéma (Mr Smith au Sénat, La Vie est belle, Arsenic et Vieille dentelle etc), comme autant de preuves de sa richesse d’âme, de son singulier attachement à l’humain.

Benoît Thevenin


Horizons Perdus - Note pour ce film :
Réalisé par Franck Capra
Avec Roger Colman, Edward Everett Horton, Jane Wyatt, John Howard, Sam Jaffe, …
Année de production : 1937


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