La Mariée était en noir de François Truffaut

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De tous ses films, La Mariée était en noir est de ceux que Truffaut aimait le moins. Le cinéaste reniait déjà Tirez sur le pianiste, son second long-métrage, un film noir adapté d’un roman de David Goodis. Il n’y a évidemment aucune subjectivité dans cette auto-flagellation pourtant sincère. Truffaut travaillait sur La Mariée était en noir en même temps qu’il dirigeait son fameux livre-entretien avec Hitchcock. Sans doute, très simplement,  Truffaut pensait ne pas valoir son maître, ce qui est probablement vrai car le talent de Truffaut est autre.

En 1967, consécutivement à l’échec de Fahrenheit 451, la compagnie Les Films du Carrosse est en danger. Truffaut se lie aux Artistes Associés, l’emblématique société de production fondée par les stars du cinéma muet, dont Chaplin, pour préserver une certaine liberté aux auteurs à Hollywood. Ce pacte va permettre à Truffaut de réaliser un temps les films qu’il veut. La Mariée (…) est le premier des films coproduits avec cette société hollywodienne. Le long-métrage  est même un succès qui apportera un peu plus d’air que cette seule association aux Films du Carrosse.

Truffaut regrettait plusieurs de ses choix concernant ce film. Celui de la couleur d’abord, car le noir et blanc aurait intensifié le mystère de La Mariée (…), pensait-il. Celui de Jeanne Moreau aussi, qu’il dirigea dans Jules et Jim en 62 et dont il estimait que le rôle ne lui convenait finalement pas.

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La Mariée était en noir n’est peut-être pas le meilleur film du cinéaste mais il avait tord de le mésestimer ainsi. L’oeuvre est directement sous l’influence d’Hichcock, pas seulement à cause de l’élaboration du livre d’entretien, pas seulement parce que Truffaut engage encore Bernard Herrmann (pour la seconde fois après Fahrenheit 451). Le cinéaste déstructure le récit de William Irish, auteur du roman dont La Mariée (…) est l’adaptation. Ainsi, Truffaut construit un mystère autour de son héroïne et autour du déroulement même du récit, un peu dans le style d’Hitchcock concernant sa narration de Psychose ou de Sueurs Froides. Le film commence d’ailleurs dans une chambre et la scène évoque un peu ces plans fameux ou Janet Leigh se rhabille après l’amour puis après le vol dans le début de Psychose. Le mystère de La Mariée (…) est dans un premier instant bien tenu, Jeanne Moreau incarnant à merveille cette femme sinistre et à la fois sublime qui étourdit les hommes mais qui se comporte presque littéralement en mante religieuse. La blessure dont est atteinte Julie Kohler est perceptible mais on n’en connait pas tout de suite la nature. On comprend quand même rapidement sa posture vengeresse et qu’il est impossible pour elle d’être amoureuse.

Le récit est cependant vite assimilé dans ses grandes lignes, par quelques flashback qui nous font comprendre la démarche meurtrière de Julie. Quelques années plus tôt, en sortant de l’Eglise, son époux meure atteint par une balle en plein coeur. Julie a retrouvé les cinq hommes coupables de cette tragédie et sa seule quête et d’ôter la vie à ses hommes comme celle de son mari fût volée.

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La Mariée était en noir n’est pas un classique polar mais un vrai film d’amour, romantique, improbable, et qui donne à la femme une place forte dans la filmographie de Truffaut. La Mariée était en noir est un véritable hommage aux femmes, à leur beauté et à leur intelligence mais ce n’est pas l’oeuvre d’un féministe convaincu, mais plutôt de quelqu’un qui sait respecter, apprécier et admirer les femmes. La Mariée était en noir est profondément érotisé, d’une manière plus évidente encore que dans tous les autres films du cinéaste, dans lesquels la notion de fétichisme et d’érotisme est relativement constante. Cet érotisation tient au parcours de l’héroïne, une froide vengeresse qui réussit toujours à séduire ses victimes. Le film est étonnant, et même passionnant pour cette raison même : Julie tue avec raffinement et en lien avec les façons différentes et très caricaturales que chacun de ces cinq hommes a de considérer la gente féminine. D’une certaine manière, Julie venge toutes les femmes du monde de tous les hommes qui leurs ont un jour fait du mal. Nul profil d’homme n’est épargné.

Julie est une meurtrière élégante jusque dans le caractère sophistiqué de ses crimes. Concernant Morace (Michel Bouquet), la façon dont elle tisse sa toile autour de sa proie rappelle Hitchcock là encore (Les 39 marches). Chaque meurtre est le fruit d’une élaboration méticuleuse. Julie est une froide calculatrice, une manipulatrice hors paire qui use de ses charmes autant consciemment qu’inconsciemment pour mieux exercer son emprise.

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Truffaut a beau eu le regretter, le choix de Jeanne Moreau pour ce rôle est le meilleur qu’il pouvait prendre. Jeanne fait de Julie une tentatrice sans foi, hermétique à tous sentiments. Elle est comme une statue, comme certains personnage dans les films de Cocteau et c’est ce que Truffaut trouvait finalement dommage. Néanmoins, cette forte caractérisation du personnage sonne parfaitement juste, tant le récit se décline autour de principes, d’idées et d’astuces narratives qui ne répondent d’aucun réalisme mais qui ensembles sont les ingrédients d’une tragédie romantique dans tout ce que ce genre peut avoir de sombre et de violent.

La violence n’est pas privilégiée par Truffaut, lequel s’ingénie à mettre en scène de manière un tant soit peu inventive les meurtres qui nouent chaque étape de la progression de l’histoire. C’est un principe là encore très Hitchcockien. La Mariée était en noir est bien un film sous influence, très différent des films du maître anglais, mais qui permet à Truffaut de réaliser ce que tous les cinéastes n’arrivent pas à livrer : un véritable hommage, mais une oeuvre très personnelle, qui porte indiscutablement la marque de son auteur, ne serait-ce pour la place faite à la Femme, cette façon de décrire et d’observer une héroïne qui est un symbole fort du cinéma entier de Truffaut.

Benoît Thevenin


La Mariée était en noir - Note pour ce film :

Réalisé par François Truffaut
Avec Jeanne Moreau, Jean-Claude Brialy, Charles Denner, Michel Bouquet, Claude Rich, Michael Lonsdale, Daniel Boulanger, Alexandra Stewart, Serge Rousseau, …
Année de production : 1967
Sortie française : 17 avril  1968

5 réponses vers «La Mariée était en noir de François Truffaut»

  1. Foxart dit :

    Les artistes ne sont jamais les meilleurs juges de leur œuvre…
    Cette mariée est très belle, tout comme le pianiste…
    Par contre le N&B… c’est vrai que ça aurait pu être une riche idée !

  2. Vincent dit :

    Hum, en N&B, le film serait trop austère, trop dramatique ; en couleurs, il y a un petit côté ludique assez intéressant. Mais quoiqu’il en soit, le film est génial et, comme tu le dis, magnifique encore une fois la Femme.

  3. ilestcinqheures dit :

    J’ai une tendresse particulière pour ce film dont la magnifique affiche Yougoslave de 1968 trône dans mon salon (“realiza : Fransoa Trifo” y est-il écrit !)
    Je pense également que le N&B aurait mieux convenu pour un tel projet.
    Truffaut déclara un jour détester la perfection, ajoutant qu’ “un film respire par ses défauts”. Peut-être que ce film respire trop par endroit, mais il reste néanmoins un bel exercice de style et un hommage habile à Hitchcock.
    Si vous voulez écouter la BO composée par Herrmann, vous la trouverez chez moi, en suivant ce lien :
    http://ilestcinqheures.wordpress.com/2009/05/01/cest-le-bouquet/
    Bien à vous.

  4. bob dit :

    Relire une partie de votre texte, et pensez au diptyque KILL BILL de Quentin Tarantino ;-)

    Le récit est cependant vite assimilé dans ses grandes lignes, par quelques flashback qui nous font comprendre la démarche meurtrière. Quelques années plus tôt, l’Eglise, balle en pleine tête. Va retrouver les cinq coupables de cette tragédie et sa seule quête et d’ôter la vie… Pas un classique polar mais un vrai film d’amour, romantique, improbable, et qui donne à la femme une place forte dans la filmographie.

  5. Benoît Thevenin dit :

    @ Il est 5h : Merci pour le lien !

    Sinon, je suis tout à fait d’accord avec vous… et avec Truffaut. “Un film respire par ses défauts”. La Mariée respire peut-être trop effectivement, mais j’ai moi aussi beaucoup de tendresse pour ce film, Jeanne Moreau y est sublime, et l’hommage implicite à Hitchcock est assez fabuleux.

    @ Bob : Vous avez raison ;) . Ce qui est étonnant c’est que Tarantino refuse d’admettre une référence volontaire de sa part au film de Truffaut. Mais il ne trompe pas grand monde effectivement…

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