
Lors d’une poursuite sur les toits, Scottie Ferguson (James Stewart) frôle la mort et voit l’un de ses collègues policier se précipiter accidentellement dans le vide en tentant de le sauver. L’épisode a traumatisé Scottie, victime de vertiges. Désormais retraité, il accepte de suivre en filature l’épouse d’un vieil ami. Madeleine (Kim Novak), développe un étrange rapport avec une femme morte.
Avec Sueurs Froides, Le maître du suspens réalise son plus grand film romantique, et une oeuvre généralement chérie des cinéphiles. Sueurs froides fait date dans l’histoire du cinéma et il est vrai que un demi-siècle plus tard, le film conserve un pouvoir de fascination absolument intact. Avec ce film, Hitchcock nous envoute de la même manière qu’il nous présente des personnages eux-même soumis à une ambiance particulière, qu’elle soit d’amour ou de mort.

D’un simple point de vue technique, Sueurs froides est peut-être le film le plus aboutit du cinéaste. La maîtrise d’Hitchcock est en tous les cas manifeste et exemplaire, nous saute aux yeux littéralement, notamment avec cet effet alors inédit de travelling compensé pour suggérer par la mise en scène la sensation de vertige du personnage principal. L’ensemble de la mise en scène fait sens, que ce soit la séquence du parc puis face à la mer, ou la sublime séquence de la première rencontre par Scottie de Madeleine au restaurant.

Le cinéaste ne perd pas de temps pour nous charmer mais l’emprise initiale n’est en fait que la conséquence du travail de ses collaborateurs. Avant même la première image du premier plan, le générique vertigineux de Saul Bass et la musique ensorcelante et inquiétante de Bernard Herrmann nous prépare d’emblée à un film à l’ambiance vraiment particulière. Replacé dans le contexte de l’oeuvre d’Hitchcock, l’effet est d’autant plus fort que le cinéaste restait sur un film en tout point opposé, en noir et blanc, et qui faisait le choix d’un certain réalisme : Le Faux Coupable.
Plutôt que Kim Novak, c’est initialement Vera Miles, l’héroïne du Faux Coupable justement, qu’Hitchcock souhaitait filmer pour le double rôle de Madeleine et Judy. La production du film pris du retard, Vera Miles pris connaissance de sa grossesse et si Hitchcock envisagea d’attendre le retour sur les plateaux de son actrice pour tourner Vertigo, le studio ne l’entendait pas de cette oreille. Kim Novak hérita du rôle, sans doute le plus important de sa carrière…

Sueurs froides est un grand film passionnel qui mêle selon un équilibre parfait ambiance de mort et naissance du sentiment amoureux. Scottie est d’abord un témoin à distance de l’obsession morbide et plus ou moins consciente de Madeleine pour une femme qui avait choisit de se donner la mort bien des années auparavant. Madeleine éprouve un rapport de fascination pour cette femme qu’elle visite aussi bien en se rendant sur sa tombe qu’en fixant des journées entières le tableau à son image exposé dans un musée.
Dans les premières séquences du film, Scottie exprime son besoin de surmonter son mal, de se reconstruire suite à son tragique accident. Le film va donc converger vers quelque chose qui pourrait précipiter la guérison de Scottie. Surtout, voila suggérer l’ambition psychologique d’Hitchocock. C’est un aspect de ses personnages que le cinéaste n’a jamais négligé mais qui constitue un ressort particulier de ce film là. Les rapports de fascinations vont s’inverser, une histoire d’amour va se construire, un sentiment jaloux nait en réponse, mais tout ceci est induit avec patience et une subtilité qui fait beaucoup de la richesse de Vertigo.

Le film influencera de très nombreux héritiers d’Hitchcock, que ce soit Chris Marker avec La Jetée, Brian De Palma avec Obsession ou encore David Lynch avec Mullholand Drive. Mais au-delà de ce qu’il aura inspiré à quelques confrères, Sueurs froides est précieux pour l’émotion qu’il contient, son emprise incroyable sur le spectateur, la sophistication de son style, l’intelligence de la mise en scène et de la construction narrative. Sueurs froides mérite bien le statut qui est aujourd’hui le sien, et reste une des plus impressionnante tragédie de l’Histoire du cinéma.
Benoît Thevenin
Sueurs froides - Note pour ce film :
Réalisé par Alfred Hitchcock
Avec James Stewart, Kim Novak, Barbara Bel Geddes, Henry Jones, Raymond Bailey, Ellen Corby, …
Année de production : 1958
Sortie française le 12 décembre 1958
































































août 11, 2009 à 1:38
Que dire… à part Genial !
août 15, 2009 à 6:58
[...] film, aux côtés de Henry Fonda (il prévoyait également de faire d’elle son héroïne de Sueurs froides (58) – l’actrice se désistant face aux retards de la production et parce [...]