
En 1954, Jean Gabin incarne Max Le Menteur, truand vieillissant et héros de Touchez pas au grisbi de Jacques Becker (1954). Le livre à l’origine de ce film est le premier volet d’une trilogie de l’écrivain Albert Simonin, dont Le Cave se rebiffe est la suite, et Grisbi or not Grisbi (adapté au cinéma sous le titre Les Tontons flingueurs…) le dernier de la série… Si le film de Becker était fidèle au roman de Simonin, Gilles Grangier, comme plus tard Lautner, prend ses distances. Le personnage de Max reste incarné par Gabin, mais est rebaptisé Ferdinand Maréchal.

Gilles Grangier est l’un des réalisateurs auxquels Jean Gabin a été le plus fidèle. Leur première collaboration date de 1953 (La Vierge du Rhin) mais ils ont également tourné ensemble Gas-Oil (55), Le Sang à la tête (56), Le Rouge est mis (57), Le Désordre et la nuit (58), Archimède le clochard (59) et Les Vieux de la Vieille (60) avant Le Cave se rebiffe en 61, soit un film par an. Depuis le début des années 50, Jean Gabin est le grand patron du cinéma français. Il est demandé de partout, et se révèle un bourreau de travail, enchaînant les rôles. Il tourne jusqu’à cinq ou six films chaque année depuis 55 ! Gabin est partout mais cela nécessite quand même quelques aménagements. Sous contrat avec le producteur Jacques Bar, Gabin s’arrange pour travailler toujours entouré de ses collaborateurs fétiches. Cela va de son habilleuse Micheline Bonnet au chef opérateur Louis Page, mais aussi l’ingénieur du son Jean Rieul, le perchman Marcel Corvaisier, le décorateur Jacques Colombier, la maquilleuse Yvonne Gaspérina etc. Tout ce petit monde forme une petite famille, avec qui Gabin se sent à l’aise d’autant qu’il connait leurs valeurs professionnelles. Tous sont parmi les meilleurs dans leurs domaines.

Le Cave se rebiffe est presque entièrement porté par Jean Gabin, comme beaucoup des films auxquels il a participé. Mais s’il semble être la seule véritable star de celui-ci, malgré Bernard Blier qui n’est là encore qu’à l’aube de la belle carrière qu’on lui connait aujourd’hui, Gabin partage depuis quelques temps sa notoriété avec le dialoguiste Michel Audiard. C’est justement Gilles Grangier qui présida à leur rencontre en 55 avec Gas-Oil. La collaboration entre les deux (la douzième déjà, après notamment des succès comme Archimède le clochard, Les Vieux de la Vieille ou Le Président de Verneuil) fait tout l’intérêt de ce Cave…, dont le titre nous sert sur un plateau une partie du déroulement de l’intrigue.

La mise en scène de Touchez pas au Grisbi était plutôt remarquable tandis que là, le style de Grangier n’intéresse pas particulièrement. Le Cave se rebiffe est un film techniquement très réussi, carré et propre, et l’on s’en serait douté de toute façon bien avant de le découvrir, tant l’on sait que Gabin faisait tout pour cela en s’entourant des techniciens précités. Grangier n’est néanmoins pas le premier venu, il ne fit d’ailleurs pas parti de ces cinéastes (Delannoy, Autant-Lara etc.) tancés par Truffaut en 54 dans son article fustigeant la Tradition de la Qualité Française. Reste que le travail de mise en scène est comme dilué dans les dialogues d’Audiard, lesquels brillent et sonnent justes dans la bouche de Jean Gabin, et dans celle de Bernard Blier que l’on commence donc, à l’époque, à découvrir vraiment.

Audiard à totalement remanié l’intrigue initiale de Simonin. Le Cave se rebiffe est de fait plus une comédie qu’un Film Noir à la française comme pouvait l’être Touchez pas au Grisbi. Les dialogues d’Audiard sont exquis, certains deviendront cultes, et l’on s’en amuse beaucoup.
Audiard trahira de nouveau Simonin et la recette fonctionnera encore et encore mieux avec Les Tontons Flingueurs (63), lequel contient les plus fameuses répliques écrites par Audiard, sans Gabin cette fois, mais avec Blier et Lino Ventura.
Benoît Thevenin
Le Cave se rebiffe - Note pour ce film :































































